jeudi 9 mai 2013

Annie

Issue de deux familles: les Dufour Lyonnais et les Giraud du Var. Je l'ai rencontrée sur la canebière où filles et garçons se promenaient vers 17 heures après la classe. Je lui ai dit que je suivais des cours de nage en dos crawlé à la piscine des Dauphins sur la corniche. Le professeur était Duvallet qui fut champion de France. Je m'y entraînais, nous étions en 1943, pour des championnats universitaires à Lyon. A quelques jours je la vis qui de la rambarde regardait la piscine. Je suis parti en maillot la rejoindre. On se donnait rendez-vous à Sormiou où je lui dis que j'y serai dimanche avec Pierrot Baliver, Jean-pierre Lindenmeyer et Pierre Temin. A Sormiou on avait construit un kayak avec l'aide d'un menuisier qui avait son atelier à coté de la République. Il deviendra le sherpa avec qui j'ai grimpé. Ce jour là Annie est venue dans la calanque près du kayak et n'a pas voulu y monter. Je lui ai dit: "ou vous montez ou vous vous noierez sous mes yeux !" Elle est montée et elle a connu tous mes copains, garçons cultivés et drôles, et ce fut durant trente ans et jusqu'à sa fin une vie passionnante et belle. En 1947 nous nous marions avec comme témoins Lazare et Jean-pierre. C'est Gaston Defferre qui nous nous réunit. Il m'a dit "mais chez vous que vont ils dire ?" C'était l'époque des affrontements. Il avait fait préparer un petit buffet at avait laissé la porte de l'Hôtel de ville ouverte pour éviter la nullité. Je lui avais rappelé que le père de Jacques Hubinet était socialiste. Par la suite lorsque nous nous rencontrions pour le travail il ne manquait jamais de me demander des nouvelles de Jacques et Patricia.
Gràce à son oncle qui était un ingénieur des ponts et chaussées Annie a fait des études et a obtenu un diplôme de sage femme. Elle fut nommée à l'hopital de La Conception mais elle n'était pas inspirée par les gros ventres et leurs suites. Physiquement c'était une fort belle fille mince et mesurant 1m75.
A Marseille pour une clientèle de bourgeois riches la haute couture avait fait une tentative d'installation. Annie fut contactée et sa période mannequin dura trois ans. Corrolaire à la couture plus ou moins haute, la parfumerie s'installait à Marseille. Elle y avait une tradition avec Lorenzi Palanca, qui était un parfumeur et qui créait des parfums. Le secrétaire du syndicat des parfumeurs, Truphème qui avait son magasin au bout du cours Mirabeau à Aix, cherchait quelqu'un pour tenir sa boutique à l'aéroport de Marignane. Il fallait s'y rendre tous les jours, les candidats n'étaient pas nombreux. Annie fut choisie, elle y montra vite de grandes qualités. Au bout de dix huit mois elle proposa de prendre l'affaire à son compte mais il fallait l'accord de la chambre de commerce propriétaire de l'aeroport. A l'époque j'avais développé à La Marseillaise tout un secteur économique, j'avais établi des liens d'amitié avec Léon Bétousse dirigeant du port autonome de Marseille et Jacques Deguignes président de la chambre de commerce. Celui-ci facilita l'opération d'installation d'Annie et lui ouvrit les portes du sous douane. Elle fit construire par un spécialiste niçois une fort jolie boutique dans le hall de l'aéroport. Rapidement son affaire "Annie Parfums" prit de l'importance. Elle alla voir les grandes marques à Paris, etpour la plupart des contrats dont Guerlain qui était le Must.

vendredi 4 janvier 2013

Les Femmes

La féminité créatrice, bien sûr, mais aussi un accompagnement de cette création, par exemple les lionnes: la tétée et la chasse.
Ma mère qui était d'une grande famille d'origine belge, les Dewachter, fut d'une branche plus ou moins ruinée. Elle se battait pour des dommages de guerre, une grande villa à St Malo et un grand terrain. Pour vivre elle s'était établie couturière. J'ai encore ses grands ciseaux. Annie, Odile (professeur de lettres et peintre, Annie Flechon, France Rastoin, Dominique Desanti, Jacqueline de Grandmaison.

John

John, mon frère. Il est mort le 12 décembre 2012 à 16h dans sa grande maison d'Aix. Jeanine était auprès de lui, il pleuvait et le 15 décembre les obsèques ont eu lieu à 10h à la cathédrale d'Aix en Provence avec comme officiants deux pénitents. J'étais là près de son cercueil. Il a été inhumé ensuite dans le somptueux cimetière de Puyricard.
C'est un autre moi-même, jusqu'au bout si ce n'est à l'extrême fin quand il ne me reconnaissait plus. Il avait quitté le monde de la connaissance par sa mémoire sclérosée. Mon frère fut là sans cesse. Lui me situait dans la tendresse, une grande tendresse attentive. J'étais "son petit frère chéri".
Nous avons vécu très proches ou en contact continu tout ce morceau de siècle depuis notre tendre enfance, c'est à dire après les années 1920 pour moi et 1921 pour lui. Je refusais l'idée de sa mort. Je ne l'avais pas intériorisée, à tel point que lorsque Patricia est venue tout exprès d'Aix à Carry et m'a dit "John est parti" j'ai cru sur le moment qu'il était parti dans cette colline où il aimait se promener avec son chien. J'ai assisté aux obsèques dans la grande cathédrale d'Aix-en-Provence, officiée par deux pénitents et ensuite à la mise en terre dans ce cimetière luxueux à Puyricard. Mais en rentrant à Carry je me suis surpris à une image: lui seul dans cet immense lieu. J'étais dans une sorte d'effroi et d'une grande tristesse. Une image est sortie de cet arrachement. Mais je suis en train de la retrouver dans une solide réalité, celle de la mémoire. Les images sont là et c'est la vie. Dans l'appartement de la rue Louis Astruc à Marseille nous partagions le trajet par la place Jean Jaurès, sa butte aux magnolias et son bassin circulaire pour la descente vers le Lycée Thiers. Un Lycée de belle qualité au nom d'un personnage affreux, le massacreur de la commune et l'homme de l'occupant Allemand déjà... Je retrouvais mon jeune frère parfois aux récréations où il était l'objet de railleries infantiles méchantes a cause de sa chevelure abondamment bouclée.
Mais, retournement, Cette chevelure dénichée par Pagnol lui a valu deux ou trois films: Merlusse, où il était Pic, Cigalon, tourné à la Treille etc..
Des images encore, nous préparions nos devoirs et nos interrogations sur un tableau noir que ma mère avait fait installer dans la cuisine.
Il y eut les Scouts, moi plus que lui aux Routiers. J'étais avec Lazare et Balivet, lui avec ses amis et une famille de cheminots dont il épousera plus tard la fille.
A Thiers j'ai eu un professeur de Français, Varin, qui a été fusillé sous l'occupation. Je faisais du Latin et du Grec. John déjà faisait un peu d'argent, il m'avait prété son vélo, avec lequel nous sommes partis dans le Vercors avec Lazare.
J'ai été présenté au concours général en Français et aux jeux floraux de Toulouse.


Nous deux chez Patricia

lundi 10 décembre 2012

Journalisme

J'ai couvert deux drames: la rupture du barrage de Malpasset à Fréjus le 2 décembre 1959 (on parlait de 500 morts) et la destruction du sanatorium pour enfants du plateau d'assy.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Malpasset

http://fr.wikipedia.org/wiki/Catastrophe_du_plateau_d%27Assy

pour Malpasset on m'a téléphoné du journal à trois heures du matin. Le barrage avait cédé à deux heures. J'ai pris une partie du mon équipement de montagne (duvet, anorak) et je suis parti en voiture. Vers cinq heures je suis arrivé à Fréjus. Il restait quelques maisons éventrées, un camion dans un arbre, des cadavres dans la boue. J'ai fait tout de suite des photos. Un photographe du journal, Antoine Santucci, arrive vers midi et retourne au journal avec ses photos et les miennes. La Marseillaise a ouvert sur huit colonnes à la une. Je devais rester une semaine et publier plusieurs papiers par jour.

Similitudes

Terrible accident aérien en Corse: le 29 décembre 1962 l'avion transportant une équipe sportive de Bastia s'écrase: pas de survivants. Je pars en avion, un Bréguet. Duriani, correspondant de La Marseillaise et adjoint au maire de Bastia, m'attend. Nous partons pour la montagne jusqu'à Ghisoni. Je téléphone le premier papier, on nous invite à dîner, dans le feu de la cheminée cuisent sur des tranches de pain des figatelli. Mais alors que nous sommes devant le feu je m'étonne de voir les femmes, épouses et autres, toutes en noir, debout derrière nous. Je le dis à l'oreille à Duriani, il me fait un signe de main de me taire.

Je suis en Ukraine, invité dans un grand kolkhoze. Le déjeuner est somptueux et les hommes et les femmes qui nous servent portent les beaux vêtements traditionnels mais là aussi les hommes sont attablés et les femmes debout. Je m'étonne un peu en direction de la guide qui m'accompagnait depuis plusieurs jours: "c'est la tradition, surtout ne dites rien! " Je luis dis que l'égalité des hommes et des femmes dans le socialisme actif voudrait que ces femmes soient assises à table: "je vous comprend, me dit-elle et je suis même d'accord avec vous mais nous n'en sommes pas encore là"

Similitudes...

vendredi 30 novembre 2012

Chamonix

Durant les années 50 et 60 j'ai fait des séjours nombreux à Chamonix. Je résidais à l'hotel des guides, un petit hôtel situé en plein centre, contre la Poste et la plus grande charcuterie de la cité et devant La Potinière, brasserie unique et célèbre. Gérard Géry disait que La Potinière et la charcuterie représentaient les deux plus gros magots de Chamonix. L'hôtel appartenait à un guide avec qui je m'étais lié d'amitié et qui est venu me voir à Marseille. Ma chambre, toujours la même, était au deuxième étage et donnait sur l'Arve, grondante de galets, et bien sûr sur les Aiguilles, le Mont Blanc. Les grimpeurs célèbres à l'époque allaient plutôt à l'Hôtel de Paris qui jouxtait celui des guides.
J'étais copain avec Robert Parago qui récemment a reçu un piolet d'or, et Lucien Berardini. Mais aussi Paul Payot, guide et photographe d'une lignée centenaire. Payot est venu à Marseille et nous avons grimpé dans les calanques. Une de mes amies Annie Flechon était célèbre à "Cham", très jolie et excellente alpiniste, nous sommes allés ensemble à L'Arête du Moine, à l'Aiguille verte, pour nous amuser.

Gérard Gery dans les Calanques


Mes amis Jean-Pierre Lindenmeyer et Pierre Temain y ont fait avec plaisir de nombreux séjours.

Photos à venir.

Annie et Patricia étaient là bien sûr. J'ai fait grimper Pat sur le versant du Brevant.

Photo

Je rencontrais souvent Pierre Mazeaud, qui fut un excellent alpiniste et ministre des sports. Il avait été l'un des survivants du drame au Pilier du Frenay et m'en a laissé un long récit.
A cette époque je rencontrais souvent Lionel Terray. Après ses tournées de conférences où il grossissait il me demandait un peu en secret de faire avec lui une "bavante" pour perdre du poids. Je me souviens que nous sommes partis un matin par le premier train du Montenvers. Par la Vallée Blanche nous sommes allés au refuge d'Envers des Aiguilles en haut d'une paroi de deux cents mètres

Photo


Au retour à la balance de la gare du Montenvers il avait perdu quatre kilos.
C'était l'époque où Gaston Rebuffat construisait son châlet au Brévant avec une grande ouverture sur les Drus. Je lui ai donné un coup de main.


photo brouette


Rebuffat était membre de la grande compagnie des guides de Chamonix où il était estimé mais il avait des différends avec les employés municipaux de son quartier qui l'hiver s'arrangeaient pour bloquer sa sortie routière par un mur de deux mètres.


mercredi 14 novembre 2012

St Sever

De St Sever j'ai le souvenir de l'énorme église Abbatiale qui paraissait nous écraser, des magasins sous les arcades et d'une délicieuse pâtisserie où l'on se retrouvait le dimanche après la messe de 11 heures. Ma grand-mère, Maria, était là toute de noir vêtue et des espadrilles passées au blanc éclatantes à ses pieds.
J'ai le souvenir du "château", c'était un petit et beau château de ville. Il avait appartenu au Général Lamarque qui avait sa statue équestre dans un magnifique jardin arboré de tilleuls centenaires qui dominait l'Adour: Morlane.
Le Château appartenait alors à une famille de notables, les Capdeville. Dans le grand jardin qui entourait ce château des paons évoluaient. J'allais les voir souvent et leur plumage en majesté me fascinait.
De St Sever me reviennent les baignades dans l'Adour et les soirées adolescentes où se conjuguaient les premières émotions.
Pour y aller depuis Marseille, je revois le train aux escarbilles que mon frère et moi récoltions en ouvrant les fenêtres du vieux wagon.
De St Sever je revois aussi en mémoire la reine des courses landaises (pas de mise à mort) le double jeu de quilles à six et surtout à neuf, renflées à leur mlieu, qui avaient la taille d'un homme. (c'est tout du moins l'impression que j'en avais)
Il y avait aussi un bar de plein air où l'on y servait le vin blanc acide de la Chalosse. Ce fut là mon premier vin.
Mon frère et moi et tous les cousins Dubrou avions des bicyclettes qui étaient l'objet de belles périgrinations. Autour de St Sever les fermes étaient nombreuses dans ce pays riche. Mais, survivance de l'ancien régime elles appartenaient à des aristocrates dont le Marquis de Gallard. Avec mon frère nous nous étions improvisés électriciens et nous intervenions un peu partout dans les fermes par un petit travail électrique sous baguette. On nous payait en foie gras et en bocaux de cèpes.
Mon cousin Roger est en apprentissage dans la rue principale chez le tailleur de St Sever. Je le revois assis en tailleur sur sa table de travail. Ces trois ans d'apprenti en ont fait un grand dans ce métier et il est devenu à Paris une valeur sûre. Il habillait les grands et surtout les élus. Nous ne nous sommes pas vus bien souvent au cours de ces années mais lors de la cure d'Odette à Dax nous sommes allés à Urrugne en plein pays basque où ils avaient une grande maison.


 (photo)


Avec lui nous sommes allés à Font Arabi.